1. Louer
Puisque nous avons un Pape augustin, il est bon de rappeler ce que disait à son peuple kabyle saint Augustin à propos de la louange que toute la terre doit à son créateur : « Que toutes vos œuvres vous confessent, ô mon Dieu, et que vos saints vous bénissent », est-il écrit dans le psaume 144, et le saint évêque commente : « la terre n’est-elle pas son œuvre ? Le bois n’est-il pas son œuvre ? Les troupeaux, les bestiaux, les poissons, les oiseaux, ne sont-ils pas ses œuvres ? Oui, ce sont là ses œuvres ; mais comment toutes ses œuvres pourront-elles confesser le Seigneur ? Les bois et les pierres ont-ils une voix pour le confesser ?
Que nul ne s’imagine qu’une pierre muette, qu’un animal sans parole ait assez de raison pour connaître Dieu. C’est une grave erreur pour ceux qui l’ont cru. Dieu a tout réglé, tout créé : à quelques créatures, il a donné le sens, l’intelligence et l’immortalité comme aux anges ; à d’autres, qui sont mortels, il a donné le sens et l’intelligence comme aux hommes ; à d’autres encore, il a donné le sens corporel, mais sans intelligence et sans immortalité, comme aux animaux enfin, il n’a donné ni le sens, ni l’intelligence, ni l’immortalité, comme aux herbes, aux bois, aux pierres. Comment toutes ces créatures bénissent-elles le Seigneur ? En ce que tu ne saurais en considérer la beauté sans louer Dieu, qui en est l’auteur. La terre n’a qu’une voix muette, sa beauté ; mais quand on considère sa beauté, sa fécondité, sa vertu surprenante, cette germination des semences que l’on y répand, et même de celle que l’on ne sème point ; admirer cette beauté, en rechercher les causes, sonder cette force, cette fécondité surprenante, c’est comprendre bientôt que cette puissance ne lui vient point d’elle-même ; et il te vient en pensée qu’elle n’a pu exister par elle-même sans le Créateur. Mais cette conclusion que tu as trouvée est un hymne de la terre en l’honneur du Créateur. Aussi, quand nous admirons en général cette beauté du monde, il y a dans cette beauté comme une voix qui vous crie : c’est Dieu qui m’a fait, et non pas moi » Saint Augustin sur le psaume 144 n° 13
2. Travailler
Nous sommes invités à traduire la louange qui jaillit nécessairement de la contemplation de la beauté muette de la création en travaillant, c’est-à-dire en rendant à la création qui passe entre nos mains son cantique de louange : comment cela ? En considérant toute notre activité humaine comme un prolongement de l’activité créatrice de Dieu et cela vaut pour tout ce que nous faisons. Et là, chacun doit trouver son mode d’emploi pour faire chanter la création et lui épargner ses gémissements. Nous pouvons le faire ; chacun à notre mesure, car saint Paul dit que « la nature (abrutie par notre faute) gémit en travail d’enfantement » (Ro 8). Il dit enfantement c’est à dire que le gémissement de la nature dont nous sommes encore une fois responsables prépare un enfantement.
3. Attendre
L’homme a naturellement le désir de l’éternité, de l’immortalité, ce qui s’explique par le fait qu’il a, par son intelligence, une connaissance de l’être, non pas seulement ici et maintenant, de l’existence concrète des choses qu’il connaît, mais selon que cette existence est une perfection, un bien désirable en lui-même indépendamment du temps.
Mais parce que l’âme humaine vient à l’être non par génération, mais par création, ne peut-on envisager le mouvement inverse : sa sortie de l’être, non par corruption, mais par anéantissement, Dieu la faisant retourner au néant d’où il l’a tirée ? Toute créature tient, de fait, son être de Dieu, qui peut donc à tout moment le lui retirer. De puissance absolue, par conséquent, un tel retour au néant serait possible. Mais l’hypothèse est à exclure, dit saint Thomas, car Dieu gouverne les choses selon leur nature. Or la nature d’une âme spirituelle est d’être incorruptible et Dieu la conserve ainsi. L’âme humaine a ceci de particulier que, unie par nature à un corps, elle peut subsister sans lui. Et, par conséquent, son individualité demeure. De là, notre foi en la résurrection de la chair et pas n’importe laquelle, mais celle que j’habite maintenant avec bien sûr les nouvelles dispositions liées à la résurrection et copiées sur celles que nous avons découvertes chez Notre Seigneur après sa résurrection.
