Billet spirituel - Avril 2026

Jeudi 16 avril 2026

Victoire de Pâques

Le pape Léon XIV déclare dans son message pascal : « Pâques est une victoire : celle de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de l’amour sur la haine. Une victoire au prix très élevé : le Christ, le Fils du Dieu vivant, a dû mourir, et mourir sur une croix, après avoir subi une injuste condamnation, avoir été moqué et torturé, et avoir versé tout son sang. En tant que véritable Agneau immolé, il a pris sur lui le péché du monde et nous a ainsi tous libérés, avec la création, de la domination du mal ».

Le cierge pascal, dressé dans les églises et les chapelles, représente le Ressuscité victorieux. Ce cierge a été béni au début de la Vigile pascale, près du feu nouveau auquel il a été allumé. Le chant de l’Exultet le célèbre, en rappelant d’où vient la cire qui le forme. « En cette nuit de grâces, recevez donc, Père saint, ce cierge qui est le fruit du travail des abeilles ».

Il peut être opportun de rappeler quel est ce travail : les abeilles produisent le miel et elles sécrètent la cire. Elles produisent le miel à partir du nectar des fleurs qu’elles butinent. Elles aspirent le nectar au fond de la corolle des fleurs et le place dans leur jabot. De retour à la ruche, elles régurgitent la goutte transportée et la transmettent aux abeilles receveuses. Ainsi débute le processus de transformation du nectar en miel. Au dernier relais, l’abeille place la goutte dans une alvéole de cire où le miel arrivera à maturité. Les abeilles le recouvrent alors d’un opercule de cire. La cire est le matériau utilisé par les abeilles pour construire leur nid. Elle est produite par les jeunes abeilles domestiques sous forme d’une sécrétion liquide provenant des glandes cirières. Au contact de l’air, la cire se solidifie et forme des écailles qui ressemblent à des petites lamelles de cire sous le ventre de l’abeille. Il faut environ 1 million de lamelles de cire pour obtenir 1 kg de cire. Les abeilles utilisent la cire pour construire les alvéoles hexagonales bien connues qui composent la structure solide et efficace appelée rayon. Les abeilles utilisent les alvéoles du rayon pour y entreposer le miel ; la reine y pond ses œufs, et les jeunes abeilles s’y développent. Le travail de production et de façonnage des rayons nécessite beaucoup d’énergie, il faut donc une grande quantité de miel et de pollen : 8 kg de miel pour 1 kg de cire. La ruche doit, en conséquence, disposer de suffisamment de ressources pour pouvoir construire des rayons supplémentaires. Mais une fois ce kilo de cire maçonné, il pourra recevoir jusqu’à 27 kilos de miel. La cire la plus pure provient des opercules, avec lesquels les abeilles scellent les rayons de miel quand il est mûr. Cette cire neuve est pure et blanche. La présence du pollen lui donne sa couleur jaune. Après l’extraction du miel, l’apiculteur récupère la cire en la faisant fondre.

Le cierge pascal est ainsi formé de cette cire, fruit du travail des abeilles, un travail long, minutieux, demandant beaucoup d’énergie, encore que cette dernière soit infiniment moindre que celle déployée par Jésus afin de nous sauver. Pâques est une victoire d’un prix très élevé, remportée par l’Agneau immolé : sur la croix, Jésus a offert sa vie en nous connaissant chacun personnellement. Pie XII affirme dans Mystici Corporis Christi : « Dès avant l’origine du monde le Fils unique de Dieu nous a embrassés de sa connaissance éternelle et infinie et de son amour sans fin. Par la vision bienheureuse dont il jouissait déjà, à peine conçu dans le sein de sa divine Mère, il se rend constamment et perpétuellement présents tous les membres de son Corps mystique, et il les embrasse de son amour rédempteur. Ô admirable condescendance envers nous de la divine tendresse ! Et dessein inconcevable de l’immense charité ! Dans la crèche, sur la Croix, dans la gloire éternelle du Père, le Christ connaît et se tient unis tous les membres de son Église, d’une façon infiniment plus claire et plus aimante qu’une mère ne fait de son enfant pressé sur son sein, et que chacun ne se connaît et ne s’aime soi-même ». De même que les abeilles construisent la ruche avec les rayons de cire, ainsi Jésus édifie l’Église par sa Passion et sa vie donnée sur la Croix pour l’humanité à sauver.

« Désormais, continue l’Exultet, nous comprenons ce que proclame cette colonne de cire, qu’une flamme brillante éclaire en l’honneur de Dieu » : elle offre à nos regards la Personne divine du Fils faite homme dans le sein de la Vierge Marie, victorieuse de la mort, du péché et du mal, lumière vivifiante. « Et bien que la flamme soit partagée, elle ne subit aucune diminution d’éclat. Elle s’alimente à la cire que la mère abeille a produite pour nourrir ce précieux luminaire ». Tous les fidèles ont allumé le cierge qu’ils portaient à la flamme du cierge pascal : ils accueillent en eux la lumière qui vient de la lumière, Dieu qui vient de Dieu, Dieu qui veut établir en chaque cœur sa présence divinisatrice. Telle est la volonté de Dieu qu’il nous faut accomplir en ce temps pascal, sous la protection de la Vierge Marie.

Père Victor Mac Auliffe, Oblat de Saint-Vincent de Paul

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