Billet spirituel - Mai 2026

Jeudi 21 mai 2026

Penser un peu à la vie éternelle

Je crois au Saint-Esprit… à la vie éternelle. Deuxième mystère glorieux : l’Ascension ; fruit de ce mystère : le désir du ciel. Désirons-nous le ciel ?

Vous avez sans doute remarqué que l’on ne parle plus beaucoup, même dans les églises, de la vie éternelle. On préfère entendre parler de ce qu’il faut faire, plutôt que de penser à ce que l’on est, ou à ce que l’on va devenir. Pourtant, c’est vraiment le cœur du message de l’évangile, c’est le cœur de la vie chrétienne, c’est le sens même de la venue du Fils venu en notre chair pour nous ramener vers le Père et n’être avec Lui qu’un seul Corps pour vivre l’amour de Dieu éternellement.

Alors, qu’est-ce qui nous retient d’en parler ? Sans doute la peur de dire trop de bêtises, de décrire le paradis de nos fantasmes, pas toujours bien religieux, et la difficulté de dire précisément, dans un langage qui ferait sens aujourd’hui, quel genre de corps ou de chair nous aurons, comment ça va se passer pour nous, j’allais dire « au quotidien ». Si entrer dans la vie éternelle, c’est quitter l’espace-temps ou changer d’espace-temps, il est impossible de s’en faire une représentation. « Nous serons comme des anges », nous dit Jésus (Mt 22,30). Mais lui voyait les anges, nous avons plus de mal…

Mais qu’est-ce qui nous retient d’y penser ?

— Une certaine angoisse, profonde, que tout cela ne soit qu’illusion, qu’une manière de fuir notre condition mortelle, vouée au néant : « souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ! », une façon de répondre au désir infantile d’immortalité. Bref, c’est trop beau pour être vrai.
— Un doute profond sur la puissance de Dieu de réaliser cet impossible, sur le désir de Dieu de vouloir vivre éternellement avec nous, qui ne valons pas grand-chose ; un doute entretenu par l’absence même de Dieu de l’histoire : trop de guerres, trop de corruption, trop de mal ! Le Christ est ressuscité, mais nous voyons plus la croix que la résurrection. Ce Dieu si absent de l’histoire, si faible dans l’histoire, sera-t-il victorieux à la fin ? Et pourquoi attendre encore ?
— Enfin, sans doute, un attachement très fort à notre vie sur la terre, notre bonne vie, à la fois charnelle et spirituelle ; cela fait partie de l’adoration et de la gratitude, d’embrasser, d’aimer notre vie ! Être attentif à ce que cette vie nous donne, c’est déjà bien. Pour le reste, on verra bien.

Eh bien, non. Jésus nous demande de croire cet impossible-là de notre résurrection, et de désirer la vie éternelle, l’amour éternel. Il ne nous demande pas de rêver d’un paradis qui satisferait tous nos désirs égoïstes, ni de penser une vie éternelle où nous n’aurions pas, pour y entrer, à laisser absolument tout, à donner absolument tout, à mourir, en somme. Mais il nous demande de désirer du plus profond du cœur, connaître et voir le Père, devenir semblables à Dieu, devenir amour de Dieu, à la fois transparents et abandonnés pour pouvoir se recevoir entièrement du Père et pleinement donné au Père et aux autres : fils et fille dans le Fils, par l’Esprit.

La vie éternelle est donc déjà commencée. Si notre propre expérience de l’amour fraternel, de l’amour de charité, de l’amour tout court, ne nous ouvre pas le cœur au désir de la vie éternelle, c’est qu’il y a certainement un pas — ou quelques pas — à faire dans notre propre expérience de l’amour. C’est en aimant davantage selon le Christ que nous croyons davantage en l’amour éternel, et que nous espérons une vie éternelle dans l’amour de Dieu.

Fr. Jean-Etienne Long, o.p.

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