Billet spirituel - Avril 2025

Vendredi 25 avril 2025
Veillée pascale en Haïti en présence du père Roquette

Le sauveur

« Le Dieu inaccessible à la souffrance n’a pas dédaigné d’être un homme capable de souffrir, et lui, qui est immortel, de se soumettre aux lois de la mort », écrit saint Léon le Grand. Il est mort de la croix, instrument infâme de supplice. Voici l’homme.

Pour nous sauver, le Verbe ne descend pas seulement jusqu’à devenir homme, Il va jusqu’à la mort, et la mort ignominieuse et extrêmement cruelle de la Croix. « Le Christ Jésus, de condition divine, s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » Ph 27. Le Christ n’a pas triché avec les exigences de notre salut. C’est le sens du lavement des pieds : le Maître se fait le serviteur et l’esclave qui lave les péchés.

Le Fils est descendu au profond de notre condition humaine abîmée par le péché. Il a connu nos joies, les toutes simples et les plus intenses. Mais aussi, outre la fatigue, la faim, la soif, éprouvées en son corps au long de sa vie à Nazareth puis de son ministère public, Il a connu l’opposition, l’abandon de disciples, l’hostilité, l’insulte, la calomnie, bref les souffrances morales. Bien plus encore, Il est allé jusqu’à la Passion et la Mort, qu’Il appelle son Heure, tandis qu’une joie profonde l’habite, celle du Sauveur qui sait que, par les souffrances et la mort, Il va donner le pardon, la vie de la grâce, le bonheur éternel du ciel, aux hommes.

Il aurait pu mourir paisiblement. Il est mort par le supplice de la crucifixion, un des plus cruels qui existe comme l’ont montré les médecins. Supplice venu de Perse et réservé aux esclaves. Tellement atroce que le citoyen romain ne voulait même pas entendre prononcer le mot de croix. Pour les Juifs, ce supplice était gros de signification, à cause d’un texte du Deutéronome déclarant « maudit celui qui est suspendu au gibet » Dt 2123 maudit de Dieu offert en spectacle aux passants.

Accablé de souffrances.

« Son aspect est défiguré, il n’a plus d’apparence humaine » Is 5214. À mesure que la Passion se déroule, Jésus est de plus en plus seul et abandonné. Comme le rebut de l’humanité, celui qu’on jette hors du monde des vivants.

Abandonné par ses amis : Judas le trahit par le signe de l’affection. Tous les disciples s’enfuient. Pierre le renie dans la cour du palais où on le juge. Rejeté par les Juifs, son peuple. Le Sanhédrin, au nom de Dieu, le condamne à mort pour blasphème, puisqu’il a maintenu devant eux sa divinité. Et ils l’humilient. Les autorités juives le livrent aux païens, puis le chargent devant Hérode et Pilate. Rejeté par les Païens et les Juifs : Pilate se laisse arracher sa condamnation à mort par crucifixion. La foule crie qu’on le crucifie, lui, innocent, et qu’on libère le meurtrier Barabbas. Les soldats romains le flagellent avant de l’humilier par le couronnement d’épines. « Voici l’homme » dit Pilate en le présentant à la foule dans cet état, avant de prononcer la condamnation à mort. Le voici cloué sur le bois, les bras grands ouverts, debout, entre la terre et le ciel. Tout en lui, de la tête aux pieds, est souffrance extrême, d’autant qu’il refuse la boisson enivrante donnée aux suppliciés pour leur faire perdre conscience. Tous se moquent de lui, même les condamnés avec lui. Ses adversaires triomphent : pendu à la croix à la vue des passants qui entrent ou sortent de la ville, Jésus est exposé comme celui que Dieu réprouve et maudit. S’il ne peut descendre de là, c’est bien qu’il a offensé Dieu, et donc que le Sanhédrin a bien fait de le condamner comme blasphémateur. « Si tu es le Fils de Dieu, descends donc de la croix ! ». Il est seul, avec le sentiment que même Dieu l’abandonne… à la mort. Et voici qu’il expire. Et bientôt, un coup de lance ouvre son côté. On le descend de la croix et on enveloppe son corps dans le linceul, avant de le poser sur la pierre du tombeau. La foule, finalement impressionnée, se retire en silence.

« Nous l’avons vu sans éclat ni beauté, sans aimable apparence, objet de mépris et rebut de l’humanité, homme de douleurs et connu de la souffrance, il était méprisé et déconsidéré » Is 532-3. Combien d’hommes, de femmes, d’enfants, sont morts ainsi, innocentes victimes assassinées après avoir été emprisonnées, torturées, sans aucun espoir ?

Le crucifié est Dieu.

Or, cet homme si accablé de souffrances, ce crucifié, est Dieu, le Fils, comme il l’a proclamé solennellement devant le Sanhédrin : « Vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite de la Puissance » Mt 2664. Sa résurrection va bientôt le prouver, de manière éclatante, et déjà, le centurion qui le voit mourir confesse : « Vraiment, cet homme était fils de Dieu » Mc 1539.

C’est pourquoi il ne subit pas sa Passion et sa Mort : il les veut librement. Personne ne lui prend sa vie : c’est lui qui la donne, librement, volontairement. C’est ce à quoi il a consenti à la Cène : « Ceci est mon Corps donné pour vous », et à Gethsémani : « Père, non comme je veux, mais comme tu veux ». Et sur la Croix, il offre, par amour, en toute lucidité, sa souffrance et sa mort, conséquences du péché de l’homme.

C’est que notre salut requiert que soit réparée à l’infini l’offense que nos péchés causent à Dieu, infini en grandeur, afin que nous obtenions le pardon et retrouvions l’amitié de Dieu. « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » Jn 1513. À l’instant où il meurt, son offrande plaît infiniment à Dieu, plus que ne lui déplaisent tous les péchés de toute l’humanité, passée, présente et à venir. La preuve : Dieu ressuscite Jésus le troisième jour, c’est-à-dire avant que son corps ne se décompose. Dieu montre ainsi que le pauvre crucifié est bien son Fils, son Bien-aimé, et que, à aucun moment, Il ne l’a maudit, qu’il est, au contraire, béni et source de bénédiction pour tout être humain.

Notre Seigneur, qui a pris le visage de l’être humain souffrant et mourant, nous demande de défendre la vie humaine souffrante et finissante contre toutes les attaques dont elle est l’objet de nos jours. Il nous demande de le visiter et de le réconforter en la personne des malades, des handicapés, des mourants. « Qu’on se souvienne, écrit Benoît XVI, de la proximité de Jésus à l’égard de ceux qui souffrent : Lui-même, le Verbe de Dieu incarné, s’est chargé de nos douleurs et il a souffert par amour pour l’homme, en donnant ainsi un sens à la maladie et à la mort ».

Père Victor Mac Auliffe, osv

Documents à télécharger

Revenir en haut