Billet spirituel - Mai 2023

Mardi 16 mai 2023

 Je suis le chemin, la vérité et la vie 

Dans ce monde que nous avons bien des raisons de juger perdu, égaré dans l’erreur, et plongé dans une culture de mort, nous avons tendance facilement à nous rassurer en nous disant que nous, du moins, avons la chance de connaître le chemin, la vérité et la vie (cf. Jn 14,6). Et pourtant, il n’est pas toujours sûr que nous soyons dans la juste compréhension du message du Christ.

Quand le Christ est venu nous annoncer le chemin, la vérité et la vie, il y avait bien des hommes religieux qui se disaient déjà en possession du chemin, de la vérité et de la vie : ils avaient Abraham (Mt 3,9) et Moïse, ils avaient la Loi. Et il leur était simple de déterminer ceux qui ne l’avaient pas, ceux qu’ils pouvaient exclure, rejeter, condamner.

Or Jésus n’est pas entré dans cette façon de voir. Il a plutôt considéré que personne n’avait encore compris le chemin, personne n’avait reçu la vérité, personne n’avait vraiment accueilli la vie.

Les pharisiens avaient bien compris la lettre de la Loi, mais ils sentaient la mort (cf. Mt 23,27). Jésus a perçu l’hypocrisie de leur vertu, il a perçu leur envie de mettre à mort les pécheurs, de se venger sur les pires pécheurs de leurs propres frustrations non reconnues. Vous pensez pouvoir lapider la femme adultère, parce que vous ne voyez pas que vous êtes vous aussi adultères de cœur (cf. Jn 8,1-11). Vous pensez pouvoir vous féliciter d’observer tous les commandements, mais vous ne vivez pas de la vie d’amour du Père, vous n’êtes pas touchés par la détresse d’un homme assailli par les brigands (cf. Lc 10,25-37), vous n’êtes pas touchés par la prière des publicains (cf. Lc 18,9-14).

Alors oui, le chemin de Jésus est déroutant : à ceux qui cochent toutes les bonnes cases de la pratique religieuse, à ceux qui ne font rien de ce qui est interdit, et font tout ce qui est obligatoire, il n’hésite pas à dire : vous sentez la mort. Et à quelqu’un qui pue le fric mal gagné, il n’hésite pas à dire : je te veux à ma suite, viens et marche avec moi (cf. Mt 9,9-13).

Tout cela invite à une grande humilité, car la frontière entre ceux qui sont sur le chemin, dans la vérité, et dans la vie, et ceux qui n’y sont pas, ne passe pas par les apparences, elle n’est jamais acquise et définitive. Celui qui a donné à manger à celui qui avait faim hier sera peut-être demain insensible à la misère d’un homme nu ou sans abri. Celui qui était insensible hier à l’étranger visitera peut-être demain un malade ou un prisonnier (cf. Mt 25).

Nous qui voyons si bien à quel point le monde se fourvoie, gardons-nous de toute assurance, restons humbles nous aussi, car nous ne serons pas jugés sur la pertinence de nos connaissances, sur notre esprit critique, sur notre clairvoyance apocalyptique, mais sur la vitalité de notre amour, sur notre attention au quotidien à la détresse du prochain qui surgit à l’improviste, sur notre intelligence du cœur, sur notre regard ouvert à la lumière, sur notre foi en actes et en vérité. Sans cet amour du prochain qu’avait le Christ, sans cette bienveillance sans limite, sans ce désir du salut de tous que nous donne l’Esprit, toutes nos meilleures pensées sont vaines, toute notre lucidité stérile, et nos dévotions mêmes, bruits de cymbales (cf. 1 Co 13).

Seigneur, viens allumer en nous le feu de ton Esprit !

Frère Jean-Étienne Long, op

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